Les origines de la Confrérie ou…

” Comment remettre ces événements en perspective, autrement ? ”

Par Jean Bughin

(Largement inspiré de ” L’histoire de France pour les nuls ” et ” Stavelot – Wellin – Logne : une abbaye et ses domaines “, centre d’histoire et de traditions, Wellin, 1997)

Tout part des successeurs de Clovis, les rois francs MEROVINGIENS ou ROIS FAINEANTS (rendus à néant, et non paresseux, comme on le croit trop souvent), assistés par les MAIRES DU PALAIS, qui peu à peu vont les remplacer, car trop jeunes pour gouverner : ce sont, la plupart du temps des adolescents ou enfants relégués dans quelque abbaye ou monastère, pour maintenir une image de la royauté à laquelle tenait le peuple.

A l’origine, ces maires du palais étaient les majordomes de la maison du roi, chargés de l’intendance (approvisionnement en nourriture) et de la surveillance des séjours royaux. Leur rôle s’apparentait à ce que l’on appelle aujourd’hui la direction des ressources humaines (RH). Le maire du palais est donc un genre de super DRH qui viserait le poste de PDG. Puisqu’il détient la clé des vivres, on le respecte et on l’entoure d’attentions intéressées. Peu à peu, il prend la première place dans ces périodes troubles et troublées. C’est un fin diplomate qui doit jouer le trait d’union entre les nobles et le roi. Il représente ainsi un troisième pouvoir, pouvoir qui s’affirme supérieur à mesure que la royauté s’enlise dans toutes ses guérillas de succession typiques du Moyen Age.

Le premier maire du palais à détenir un rôle important se nomme Pépin de Landen (580-640), dont le fils, Pépin II, prit une concubine qui donna le jour à Charles Martel, le marteau compresseur qui arrêta les arabes à Poitiers, en 732.

Mort en 741, celui-ci avait, de son vivant, réparti son royaume entre ses 3 fils : CARLOMAN, l’aîné, reçoit tout l’est (Austrasie, Alémanie, Thuringe) ; àPEPIN LE BREF (ainsi appelé à cause de sa petite taille), le cadet, reviennent la Neustrie, la Bourgogne et la Provence ; GRIFON, le fils bâtard (joli nom pour un bâtard !), reçoit quelques territoires isolés. Voilà pourtant celui qui, sans tarder, va donner du fil à retordre à ses deux demi-frères ; sa mère lui a, en effet, mis en tête qu’il peut très bien s’emparer de tout le royaume et gouverner seul. Pépin et Carloman doivent l’enfermer dans le château de Chèvremont, près de Liège, afin de le persuader du contraire. Et tandis que plusieurs régions se révoltent (Bourges, Loches) et sont mâtées par les 2 frères, ceux-ci se disent finalement que s’ils remettaient sur le trône un roi légitime, cela supprimerait peut-être cette épidémie de désobéissance chez les grands du royaume.

Il s’agit donc d’aller chercher de nouveau dans un monastère, un roi tenu secrètement en réserve. Il s’appelle CHILDERIC III. Et l’effet escompté est obtenu : la paix semble revenue. Deux ans plus tard, en 746, Carloman, frère de Pépin le Bref décide alors de prendre sa retraite, à 31 ans ! Il a l’intention d’abandonner la vie du siècle pour servir Dieu sous l’habit monastique. Il part pour Rome, puis gagne le Mont Cassin, dans le sud de l’Italie, en 747, afin de se retirer dans un monastère fondé par Saint Benoît.

C’est à ce moment, même si l’origine n’est pas assurée, que Carloman dote l’abbaye de Stavelot, de propriétés en Condroz et en Famenne, où Wellin occupait une place centrale qu’elle tiendra jusqu’à la révolution française. Il prétend agir de la sorte pour la stabilité de son royaume.

On peut supposer, avec E. Tandel, que Wadilo ou Wadalino, (nom germanique, à l’origine de Adelin, en français moderne), était le premier propriétaire mérovingien, grand vassal attaché à la personne du roi qui détenait le territoire cédé à l’abbaye de Stavelot par Carloman. Ainsi, s’assoit l’étymologie la plus probable de Wellin.

Pendant ce temps, Pépin le Bref demeure désormais quasi seul aux commandes. Cette fois, le ” presque roi ” Pépin le Bref se dit que le moment est venu de supprimer le ” presque ” afin que ne demeure que le ” roi ” qui devrait être reconnu à part entière par la papauté. Il envoie donc une ambassade auprès du pape Zacharie, avec une question simple : ” Au sujet des rois qui sont en France et qui n’exercent pas le pouvoir, cela est-il bon ou mauvais ? ” La réponse qui lui revient va droit au but : ” Il vaut mieux appeler roi celui qui exerce plutôt que celui qui n’exerce pas le pouvoir royal “. Autant le dire tout net, voici un pépin majeur pour le roi Childéric III, emmené tout de go chez le coiffeur qui transforme son crâne chevelu en crâne lisse comme un œuf et hop ! retour au monastère de Saint Bertin ! Il y meurt en 755. C’était le dernier roi mérovingien.

Quant à Pépin le Bref, il disparaît le 7 octobre 768, après avoir effectué le partage traditionnel de l’héritage entre ses 2 fils, dont l’aîné, CHARLEMAGNE, deviendra le premier ROI CAROLINGIEN. Mais cela, c’est une autre histoire !

Pour en revenir à Wellin, l’implantation mérovingienne y est bien attestée au milieu du VIe siècle.

Reste donc à l’abbaye de Stavelot à gérer son patrimoine foncier : elle n’a d’autre recours, pour ce faire, que la délégation de pouvoir, car 2 obstacles majeurs l’y obligent pour maintenir ses droits, à l’époque :

  • le premier est l’éloignement entre Stavelot et Wellin : 75 km à vol d’oiseau ! Or les redevances en nature et en argent étaient légion. On installe donc des MINISTERIALES, affranchis libérés leur procurant une situation sociale plus élevée que les serfs avec, par exemple, le droit de monter à cheval. A eux donc d’assurer la gestion économique du vaste domaine mais aussi de centraliser la production des domaines plus modestes alentour avant de l’expédier vers l’abbaye ;

 

  • le second tient à la détention de biens fonciers par une institution religieuse. Pour l’assister dans cette gestion, l’abbaye doit s’adjoindre les services d’un AVOUE local qui assurera la défense des intérêts du monastère et devra, le cas échéant, appliquer la haute justice, exercice incompatible avec la dignité ecclésiastique.

Il existe des documents attestant de cette réelle HIERARCHIE CIVILE HEREDITAIRE, à Wellin, dès les XI et XIIe siècles. L’avouerie principale est d’abord aux mains des comtes de La Roche, puis de Luxembourg (branche héritière), qui en profitent pour élargir leur domaine : ce seront les LA MARCK (seigneurs de MIRWART), puis les DE SMACKERS.

Cette délégation de pouvoir, pour indispensable qu’elle fut, sera évidemment source de tensions, voire de conflits : les biens ne sont pas rendus à l’abbaye, dont l’autorité est souvent usurpée. Il s’ensuit de longs procès, dont elle sort toutefois gagnante : en 1553, Charles-Quint lui reconnaît le droit de nommer seule bourgmestre et échevins, alors qu’il y avait nomination conjointe auparavant.

La magistrature était alors composée :

  • du maire ou maïeur ou villicus , responsable administratif et judiciaire (notamment détenteur de la haute cour de justice, réunie 3 fois par an, et condamnant à l’amende, à l’exil, au pèlerinage, à l’amputation ou à la pendaison) ;
  • de 7 échevins ;
  • du sergent, aux fonctions de garde-champêtre, agent de police, huissier … ;
  • du chairrier, dépendant de Stavelot, le percepteur de l’impôt appelé dîme, à l’époque (dixième partie de la récolte), divisée en grosse dîme prélevée sur les céréales panifiables et petite dîme prélevée sur le foin, les fruits, la laine. L’avoué local se réservait le tiers de la dîme pour services rendus et l’abbaye assurait le traitement du curé de la paroisse à l’aide du quart de la dîme engrangée.

Début 1988 donc, la Confrérie est sensée représenter la hiérarchie de ce douzième siècle, à Wellin.

L’honneur en échut à :

  • Joseph Marloie (Wellin), seigneur héréditaire (Godefroid de Wellin) ou avoué principal ;
  • Claude Golinvaux (Wellin), maïeur ou villicus ;
  • Francis Albert (Froidlieu), chairrier ;
  • Bernard Gillet (Chanly), sergent ;
  • Adrien Remacle (Wellin), moine représentant l’abbaye de Stavelot ;
  • Alain Brasseur (Daverdisse), Jean Bughin (Lomprez), Yves Coureaux (Wellin), Bernard Gillain (Halma), Jean Léonet (Sohier), Raymond Hérion (Wellin),Etienne Remacle (Wellin), tous les 7, échevins

 

lors de la réunion fondatrice du dimanche 10 janvier 1988 à 10 h, dans les locaux de la Truite d’Argent, à Wellin, en respectant par ailleurs une représentation minimale par village de l’entité.

Et nous voici aujourd’hui aux portes du 20 ème anniversaire….
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